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Mabon : célébrer l’équilibre et entrer doucement dans l’automne

Il y a dans l’année quelques moments où la nature semble nous inviter plus clairement à regarder le temps passer. L’équinoxe d’automne est de ceux-là.

Cette année, il a lieu le 23 septembre 2026 à 2h06 . À cet instant, le Soleil franchit l’équateur céleste et éclaire presque également les deux hémisphères. Jour et nuit sont alors d’une durée très proche, même s’ils ne font pas rigoureusement douze heures chacun.

Puis le mouvement se poursuit.

Dans notre hémisphère, les nuits vont progressivement prendre davantage de place jusqu’au solstice d’hiver.

L’été n’a pas disparu d’un seul coup. Il reste parfois encore un bel après-midi chaud, quelques tomates au jardin, une lumière dorée en fin de journée. Mais quelque chose change. Les matinées fraîchissent, les feuilles commencent à se colorer, les pommes, les poires, les raisins, les noix et les courges apparaissent plus généreusement sur les étals.

La saison tourne.

Et peut-être pouvons-nous, nous aussi, prendre quelques instants pour accompagner ce mouvement plutôt que de simplement le voir passer sur le calendrier.

# Mabon, la Wicca… et les sorcières dans tout ça ?

Lorsqu’on cherche « Mabon » sur Internet, on entre assez vite dans un univers de sorcières, de chaudrons, d’autels chargés de symboles, de cristaux et de cérémonies plus ou moins élaborées.

Tout cela peut être très joli.

Mais cela peut aussi laisser penser que la célébration de Mabon serait réservée aux pratiquants de la Wicca ou à ceux qui se reconnaissent dans un univers très ésotérique.

Ce n’est pas forcément ainsi que l’on est obligé de l’aborder.

La **Wicca est une religion néopaïenne moderne**, dont les formes actuelles se sont principalement développées en Angleterre au cours du XXe siècle. Elle s’est nourrie de différentes traditions ésotériques, mythologiques et folkloriques et accorde une place importante à la nature et aux cycles saisonniers.

Au fil de l’année, huit grandes fêtes saisonnières, les **sabbats**, jalonnent ce que l’on appelle communément la *Roue de l’année*. Solstices, équinoxes et anciennes fêtes saisonnières y deviennent autant de rendez-vous permettant de prendre conscience des transformations de la nature et du passage du temps.

Mabon correspond aujourd’hui, dans cette roue, à l’équinoxe d’automne et à une période de récolte. Le Royal Observatory de Greenwich le décrit d’ailleurs comme une célébration païenne moderne de l’équinoxe, associée à la gratitude pour les récoltes et au partage de leurs fruits.

Une précision historique mérite cependant d’être faite : "nos lointains ancêtres celtes ne célébraient pas une fête appelée Mabon à l’équinoxe d’automne". Le nom est beaucoup plus récent.

Aidan Kelly, figure du néopaganisme américain, explique avoir choisi en 1974 le nom de Mabon, personnage de la mythologie galloise, pour désigner l’équinoxe d’automne dans un calendrier païen qu’il élaborait. L’appellation s’est ensuite largement diffusée.

Cela n’enlève rien à la symbolique du moment.

Car bien avant que nous utilisions le mot *Mabon*, les humains observaient déjà le ciel, les saisons et les récoltes. Pendant des millénaires, savoir quand semer, récolter, conserver les aliments ou préparer l’hiver n’avait rien d’un folklore : c’était une nécessité.

Nous avons aujourd’hui des supermarchés éclairés en janvier avec des tomates venues de loin et des maisons chauffées à vingt degrés. Nous pouvons presque oublier que notre environnement change au fil de l’année.

Célébrer un sabbat peut simplement être une manière de nous en souvenir.

# Retrouver le rythme des saisons

C’est sans doute ce qui me touche le plus dans ces célébrations.

Je ne pratique pas les sabbats comme des cérémonies compliquées. J’aime davantage l’idée d’en faire des **rendez-vous avec la saison**, et surtout des moments que l’on peut partager avec ceux que l’on aime.

Un repas préparé avec des produits du moment. - Une table décorée de quelques éléments rapportés du jardin ou d’une promenade. - Une bougie.

Quelques minutes pendant lesquelles on cesse de courir après la journée suivante pour regarder simplement où nous en sommes.

Il n’est pas indispensable d’y voir une pratique religieuse.

On peut y voir une forme de pleine conscience appliquée au calendrier : remarquer la lumière qui change, les températures qui baissent, les fruits qui mûrissent, les arbres qui commencent à se délester de leurs feuilles.

Nous faisons partie de ce paysage, même si nos agendas numériques ont parfois tendance à nous le faire oublier.

# À l’équinoxe : chercher l’équilibre

La symbolique de Mabon rencontre naturellement celle de l’équinoxe. Le mot vient du latin *aequus*, égal, et *nox*, nuit. Astronomiquement, jour et nuit ne sont pas parfaitement égaux le jour même de l’équinoxe en raison notamment de la réfraction atmosphérique et de la façon dont nous définissons le lever et le coucher du Soleil. Ils sont cependant très proches, ce qui a nourri depuis longtemps cette image d’un moment d’équilibre.

Et l’image est intéressante : parce que l’équilibre n’est pas l’immobilité, il est un ajustement permanent.

Nous le savons lorsque nous marchons : notre corps effectue sans cesse de minuscules corrections pour nous maintenir debout. Il en va souvent de même dans notre quotidien.

À Mabon, nous pouvons nous demander ce qui, dans notre vie, mérite aujourd’hui d’être conservé, nourri ou renforcé.

Mais l’automne nous invite aussi à regarder ce dont nous pouvons nous séparer.

#Récolter pour faire de la place

La nature nous donne à cette période une leçon assez simple.

Après avoir déployé beaucoup d’énergie au printemps et en été, elle entre progressivement dans un mouvement différent. Les fruits arrivent à maturité.

Les graines se préparent pour la saison suivante. Les arbres commencent à récupérer ce qui leur sera nécessaire avant de laisser tomber leurs feuilles.

Nous aussi, nous pouvons faire notre récolte.

Pas forcément celle que l’on pourrait inscrire dans un tableau Excel avec une colonne « objectifs atteints ».

Une rencontre importante. - Une décision enfin prise. - Quelque chose que nous avons appris. - Un moment heureux auquel nous ne pensions déjà plus. - Une difficulté que nous avons traversée.

Reconnaître ce qui a poussé ne signifie pas prétendre que tout va bien.

Cela consiste simplement à ne pas laisser ce qui reste imparfait effacer tout ce qui existe déjà.

Et lorsque l’on regarde ce que l’on souhaite conserver, une seconde question apparaît naturellement : "qu’est-ce que je peux maintenant laisser partir ?"

Une obligation devenue inutile. Une habitude qui encombre davantage qu’elle ne sert.

Des objets dont nous n’avons plus besoin. Parfois même une vieille idée de ce que nous pensions devoir être.

Faire de la place n’est pas forcément perdre quelque chose. Cela peut être simplement retrouver un peu d’espace.

# Le petit rituel des trois papiers

À chaque sabbat, j’aime conserver le même rituel. Avant le repas, chacun prend trois petits morceaux de papier et quelques minutes pour réfléchir tranquillement.

Ce rituel peut rester totalement symbolique ou prendre une dimension plus spirituelle selon les convictions de chacun.

1. Le premier papier est celui de la gratitude.

On y écrit simplement « Merci pour… ». Il n’est pas nécessaire d’adresser ce merci à quelqu’un ou à une divinité. Cela peut être quelque chose d’important, mais aussi une chose minuscule : *merci pour ce rayon de soleil aperçu ce matin pendant ma pause-café*. Le geste consiste simplement à reconnaître quelque chose qui nous a fait du bien.

2. Le deuxième papier porte une intention.

Un projet, une idée, quelque chose que l’on aimerait voir évoluer ou se concrétiser. Écrire cette intention ne suffit évidemment pas à la réaliser, mais la formuler oblige déjà à lui donner une forme et à décider de l’attention que nous souhaitons lui consacrer. Ceux qui ont une pratique spirituelle peuvent également choisir d’y inscrire une demande symbolique de soutien adressée à leurs ancêtres, leurs guides ou selon leurs propres croyances.

3. Le troisième papier concerne le chemin jusqu’au prochain sabbat.

On peut y inscrire un souhait de protection, de chance, de sérénité ou simplement une qualité que l’on aimerait cultiver durant les semaines suivantes.

Puis vient le repas., et c’est peut-être là, finalement, que se trouve l’essentiel : partager, manger ensemble des produits de saison, se raconter des choses.

Prendre conscience que ce moment existe.

Aucun costume de sorcière n’est requis, et les chats peuvent parfaitement continuer à dormir sur le canapé.

# Un joli pont avec l’élément Métal en médecine traditionnelle chinoise

Cette symbolique automnale rejoint étonnamment bien une autre tradition que j’aborde régulièrement au cabinet : celle des cinq éléments de la médecine traditionnelle chinoise.

L’automne y est associé au **Métal**.

Dans la pensée chinoise traditionnelle, cette saison correspond à un mouvement de condensation, d’intériorisation et de tri. L’énergie expansive de l’été diminue progressivement. La nature rassemble, concentre et se prépare à l’hiver.

Le Métal évoque alors notre capacité à distinguer ce qui compte de ce qui nous encombre. Conserver. Éliminer.

Retrouver une forme de juste mesure. La correspondance avec Mabon est presque évidente.

À l’équinoxe, la question n’est donc peut-être pas seulement :

« Qu’ai-je récolté ? »

Elle peut devenir :

« Parmi tout ce que j’ai accumulé cette année, qu’est-ce que je souhaite réellement emporter avec moi ? »

Car retrouver son équilibre consiste parfois moins à ajouter quelque chose qu’à retirer ce qui prend trop de place.

# Entrer dans l’automne sans le subir

Les jours vont désormais raccourcir.

Nous aurons progressivement moins de lumière et davantage envie de retrouver nos intérieurs, des repas chauds, des vêtements plus enveloppants et des rythmes différents.

Nous pouvons lutter contre ce mouvement en regrettant déjà l’été, ou choisir de l’accompagner.

Mabon nous rappelle que chaque saison possède sa dynamique.

Il y a un temps pour développer, entreprendre et s’ouvrir largement vers l’extérieur.

Et il existe aussi un temps pour récolter, trier et revenir un peu davantage vers soi.

L’un n’est pas meilleur que l’autre, ils participent au même équilibre.

#Au cabinet : accompagner ce changement de saison

C’est justement autour de cette transition que sera construit le prochain **atelier de méditation guidée du 29 septembre**, consacré aux **énergies de l’élément Métal**.

Nous y retrouverons cette idée de tri et d’allègement : prendre conscience de ce qui nous encombre, laisser circuler ce qui doit l’être et retrouver un peu plus d’espace intérieur pour entrer dans l’automne avec davantage de sérénité.

La méditation permet parfois de rendre très concret ce que nous comprenons intellectuellement.

Fermer les yeux. Visualiser. Ressentir.

Et offrir quelques instants à notre corps et à notre esprit pour accompagner le mouvement de la saison.

Que vous choisissiez de l’appeler Mabon, équinoxe d’automne ou simplement changement de saison, l’invitation reste finalement très simple :

"regarder ce qui a mûri, remercier pour ce qui mérite de l’être, puis choisir consciemment ce que nous voulons garder pour la suite du chemin."

Et accepter de laisser tomber les feuilles comme les arbres.

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